ESA Euronews: des satellites pour comprendre le changement climatique

17 décembre 2018

ESA Euronews vous emmène en Camargue, dans le Sud de la France, une région réputée pour ses paysages et sa faune, mais aussi sérieusement menacée par le changement climatique à cause de l'élévation du niveau de la mer. 

Des digues sur les côtes de Camargue ont été construites dans les années 80 dans un effort vain de garder la mer Méditerranée à distance. A cette époque, le niveau de la mer augmentait seulement de quelques millimètres par an. Aujourd'hui, les satellites montrent qu'il augmente plus vite qu'avant, à cause notamment de la fonte des glaces et de la hausse des températures.

"Les chiffres dont on dispose ces dernières années, qui sont fournis par certains satellites altimétriques, qui permettent de mesurer l'élévation du niveau de la mer, nous disent que cette élévation est encore plus élevée par rapport aux chiffres dont on disposait avant. Donc là on se situe autour de 4,8 millimètres par an, ce qui est très alarmant par rapport à ce qu'on avait avant comme donnée, qui était autour de 3,4 millimètres par an," explique Anis Guelmami, scientifique, la Tour du Valat.

Les scientifiques Anis Guelmami et Jean Jalbert ont passé leur carrière à étudier les zones humides basses comme la Camargue. Au cours des deux dernières années, elles ont souffert d'une sécheresse prolongée et, au cours des 20 dernières années, les températures moyennes ont augmenté d'un degré. Les changements qu'ils observent sont subtils mais significatifs.

La côte recule

"La Camargue est un delta, donc c'est un édifice géologique très jeune, qui a à peine 10, 12 mille ans, qui est constitué de sédiments très fins. Ces sédiments continuent de se tasser sur eux-mêmes sous leur propre poids. Et la Camargue perd en altitude presque 1 millimètre par an, tandis que la mer monte. On pourrait être au-delà d'un mètre et peut être au-delà de deux mètres d'élévation du niveau marin à la fin de ce siècle, et encore une fois, la Camargue étant situé à moins d'un mètre d'altitude, on pourrait très bien imaginer les conséquences d'une telle élévation," poursuit Jean Jalbert, directeur de l'Institut de recherche la Tour du Valat.

Anis travaille sur la quantification des changements côtiers autour de la Méditerranée à l'aide des satellites européens Sentinelle et du satellite Landsat de la NASA. Il a constaté que la côte camarguaise a reculé de 200 mètres ces 30 dernières années.

"Là vous voyez sur cette image de 1988 le trait de côte, qui était a peu près ici. C’est une image Landsat TM, Landsat 5. Si vous comparez ça avec l’image de Sentinel-2 pour 2018 vous voyez bien que le trait de côte a reculé, et que la mer a avancé au détriment des habitats comme les plages ou les dunes," poursuit Anis Guelmami.

Les satellites sont aujourd'hui l'outil principal des scientifiques pour étudier les changements climatiques et l'environnement. Les satellites Sentinelle et Earth Explorers de l'agence spatiale européenne (ESA) surveillent la couverture de glace, observent la déforestation, l'utilisation des terres et l'humidité des sols, suivent les tendances de l'augmentation du niveau de la mer, la température, son taux de sel, et même les émissions des mégalopoles. Les données sont traitées à l'Agence de l'observation de la terre à côté de Rome en Italie.

Taux élevé de CO2

L'agence spatiale européenne compte actuellement 4 Earth Explorers et 7 satellites Sentinelle en orbite, ceux-ci volant par deux pour maximiser la collecte de données : "Grâce au fait que nous avons les sœurs Sentinelle 2A et 2B qui volent en même temps, nous avons choisi les orbites de manière à ce qu'elles obtiennent la meilleure vue. Nous sommes donc capables de couvrir la Terre en 5 jours sans interruption par Sentinelle", explique Michael Rast, à la tête de l'Agence de l'observation de la Terre.

La fréquence et la cohérence sont très importantes pour la gestion de notre environnement et pour donner aux décideurs la clé de ce qui change, de ce qui change rapidement, et où l'humanité doit changer ses pratiques. Les changements perçus par les satellites viennent d'un taux élevé de CO2 dans l'atmosphère, un niveau qui a toujours varié, mais qui n'a jamais été aussi élevé:

"Ce que l'on voit ici sur ce graphique, c'est la concentration de CO2 dans l'atmosphère au cours des 800 000 dernières années. Et vous voyez que ces valeurs augmentent et diminuent en différentes phases. Les lignes bleues ici indiquent les périodes glaciaires, et les lignes oranges les périodes entre ces périodes ou les périodes où il fait plus chaud. Mais vous voyez aussi que ces dernières 800 000 années la valeur était toujours en dessous de 300 parties par million", explique Josef Achbacher, directeur des programmes d'observation de la terre à l'Agence spatiale européenne.

"La nature est résiliente"

De retour en Camargue, où ceux qui étudient et se soucient de cet environnement côtier fragile sont confrontés à la réalité du changement climatique. "La nature est résiliente, elle sait s’adapter, mais elle sait s’adapter dans un système et une évolution en tout cas dans un temps qui n’est pas celui qu’on connaît aujourd’hui", explique Anaïs Cheiron, directrice de la réserve nationale de Camargue.

La décision a été prise de ne pas construire de nouvelles digues pour protéger cette zone. "Sur les espaces naturels en Camargue on n’a pas choisi de lutter contre l'érosion du littoral, contre l’effet de la mer. On a choisi plutôt de reculer, de faire un recul stratégique, et donc de s’adapter au lieu de lutter contre l'érosion littorale et l'élévation du niveau de la mer." La Camargue est juste un exemple de ce qui se passe. Le niveau global de la mer a augmenté d'environ 25 centimètres depuis 1900.

"Ce qui se passe ici se passe partout sur la planète. Et il faut bien voir que ici c'est quelques dizaines de milliers de personnes qui sont touchés. En France, sur la France métropolitaine il y a environ 740,000 hectares, plus de 300,000 bâtiments qui sont situés à moins d'un mètre d'altitude. Et à l'échelle de la planète il y a plus de 370 millions de personnes qui habitent à moins de 5 mètres d'altitude; il y a 136 mégapoles - New York, Tokyo, Osaka, Lagos - qui sont vraiment au ras de l'eau. On va au devant de problèmes majeurs, et on n'aura pas les moyens bien sûr de faire face partout, de défendre toutes ces zones. Donc il va falloir apprendre à résister par endroit, mais très souvent à reculer et à s'adapter à ces changements climatiques et à ces effets," conclut Jean Albert directeur de l'Institut de recherche de la Tour du Valat.

Ces changements et ces effets continueront d'être mesurés et calculés par la flotte de satellites à 700 kilomètres au-dessus de nos têtes.

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